Art de vivre

La lumière de Nice : ce que les peintres y ont cherché

Par Garen Ajderhanyan · · 7 min de lecture

L'essentiel

La lumière de Nice tient à une géographie : une baie ouverte plein sud, une mer qui réverbère le jour, des collines qui coupent les vents du nord et des façades claires qui renvoient la clarté. Matisse s'y installe en 1917 et y travaille jusqu'à sa mort en 1954 ; Dufy peint la Baie des Anges ; Chagall a son musée national à Cimiez ; Yves Klein, niçois, condense ce ciel dans son bleu. Cet article décrit ce que cette lumière fait aux couleurs, et où l'observer aujourd'hui.

Pourquoi la lumière de Nice est-elle particulière ?

J'écris ces lignes depuis le 107 Promenade des Anglais, face à la Baie des Anges. Ce que je vois n'est pas un paysage, c'est un éclairage. La baie s'ouvre plein sud ; le soleil la traverse d'est en ouest sans qu'aucun relief ne s'interpose ; la mer, immense miroir posé au pied de la ville, renvoie le jour vers le ciel. À Nice, la lumière ne descend pas seulement : elle remonte.

Les peintres l'ont compris avant les physiciens. Cette réverbération double les sources : un visage près d'une fenêtre y est éclairé par le haut et par le bas, les ombres n'y sont jamais tout à fait grises mais bleutées, les blancs des façades y vibrent au lieu de s'éteindre. Ajoutez les collines qui protègent la baie des vents du nord, un air souvent sec, un ciel dégagé la plus grande partie de l'année : la lumière niçoise est moins une couleur qu'une constance.

L'hiver, ce que d'autres villes perdent, Nice le gagne. Le soleil, plus bas, entre profondément dans les pièces orientées au sud ; il dessine sur les murs des ombres nettes, presque architecturales. C'est cette lumière d'hiver, précisément, qui a fait venir les hivernants du dix-neuvième siècle, puis les peintres du vingtième.

Quels peintres sont venus pour cette lumière ?

Henri Matisse arrive à Nice en décembre 1917 et n'en repartira, pour l'essentiel, jamais. D'abord au bord de l'eau, dans des chambres d'hôtel du quai des États-Unis, puis sur la colline de Cimiez, où il travaille jusqu'à sa mort en 1954. On lui prête ce mot : quand il comprit qu'il reverrait cette lumière chaque matin, il ne put croire à son bonheur. Vraie ou embellie, la phrase dit l'essentiel. Ses intérieurs niçois, persiennes entrouvertes, sont des portraits de lumière avant d'être des scènes.

Raoul Dufy, lui, a peint la Baie des Anges comme on tient un journal : la courbe du rivage, les fenêtres ouvertes, la jetée, les palmiers notés en signes rapides. Chez lui, le bleu ne s'assombrit jamais tout à fait ; même l'ombre reste habitée de jour. Il repose aujourd'hui au cimetière du monastère de Cimiez, à quelques allées de Matisse, sur cette même colline qui domine la baie.

Marc Chagall a choisi l'arrière-pays, à Saint-Paul-de-Vence, mais c'est à Nice, sur la colline de Cimiez encore, que la France a ouvert en 1973 le musée national consacré à son œuvre. Une partie de l'année, ses grands bleus et ses rouges y sont éclairés par le jour même qui les a nourris. Peu de musées peuvent en dire autant.

Qu'a fait l'école de Nice de cette lumière ?

Yves Klein est né à Nice en 1928. On raconte qu'adolescent, allongé sur la plage avec deux amis, il se serait attribué le ciel en le signant du doigt. L'anecdote est peut-être une légende que l'artiste a lui-même entretenue ; elle dit pourtant d'où vient son bleu. Le bleu profond qu'il met au point à la fin des années 1950, ce pigment outremer saturé connu sous le nom d'International Klein Blue, est moins une couleur inventée qu'une lumière condensée : celle du ciel niçois de midi, sans nuage, sans horizon.

Autour de lui, ce qu'on appellera l'école de Nice, Arman, Martial Raysse et d'autres, grandit dans la même clarté. Ces artistes n'ont plus besoin de peindre la baie : ils en gardent l'évidence, la frontalité, l'absence de brume. La lumière n'est plus le sujet du tableau ; elle en est devenue le matériau.

Où voir cette lumière à Nice aujourd'hui ?

À Cimiez, le musée Matisse et le musée national Marc Chagall se visitent dans la même matinée, à dix minutes de marche l'un de l'autre, parmi les oliviers. En ville, le MAMAC conserve un ensemble d'œuvres d'Yves Klein et de l'école de Nice. Trois lieux, une seule leçon : sortir, ensuite, et vérifier sur place.

Car la version originale est gratuite. Tôt le matin, depuis la Promenade des Anglais, la lumière vient de l'est et rase la mer ; la Baie des Anges est alors argentée, presque blanche. À midi, elle écrase les reliefs et donne aux façades cette blancheur que Dufy notait d'un trait. En fin d'après-midi, elle tourne : les immeubles du front de mer prennent une teinte de miel, et l'ombre des palmiers s'allonge sur le trottoir.

De nos fenêtres du 107, je la regarde changer depuis des années. Elle ne se répète jamais exactement, et c'est sans doute ce que les peintres étaient venus chercher : non pas un décor, mais un phénomène. On ne collectionne pas cette lumière. On s'installe dedans.

Questions fréquentes

Pourquoi la lumière de Nice attire-t-elle les peintres ?
Parce qu'elle vient de deux côtés à la fois : du ciel et de la mer, qui la réverbère. La baie est orientée plein sud, les collines coupent les vents du nord, le ciel reste dégagé une grande partie de l'année. Les ombres y sont bleutées plutôt que grises, ce qui change tout pour un coloriste.
Où Matisse a-t-il vécu à Nice ?
Arrivé en décembre 1917, il a d'abord occupé des chambres d'hôtel face à la mer, sur le quai des États-Unis, avant de s'installer sur la colline de Cimiez, où il a travaillé jusqu'à sa mort en 1954. Le musée Matisse se trouve aujourd'hui à Cimiez, près du monastère où il est enterré.
Quel lien Yves Klein a-t-il avec Nice ?
Il y est né en 1928. On lui prête l'anecdote d'un ciel signé du doigt sur la plage, adolescent. Son International Klein Blue, mis au point à la fin des années 1950, condense la saturation du ciel niçois de midi.
Où voir les œuvres de ces peintres à Nice ?
Au musée Matisse et au musée national Marc Chagall, tous deux à Cimiez, et au MAMAC pour Yves Klein et l'école de Nice. Le musée Chagall a ouvert en 1973 ; le musée Matisse occupe une villa du dix-septième siècle dans le jardin des Arènes de Cimiez.
À quel moment observer la meilleure lumière sur la Baie des Anges ?
Tôt le matin, quand elle rase la mer depuis l'est, et en fin d'après-midi, quand les façades du front de mer prennent une teinte de miel. L'hiver, le soleil plus bas dessine des ombres nettes et entre profondément dans les intérieurs orientés au sud.

Références

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L'auteur

Garen Ajderhanyan

Éditeur de La Gazette de la Promenade

Éditeur de La Gazette de la Promenade. Il écrit sur l'immobilier et l'art de vivre de la Riviera, depuis Nice.

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