Par Garen Ajderhanyan · 16 juillet 2026 · 8 min de lecture
L'essentiel
Nice fut d'abord une ville d'hiver. Dès la fin du XVIIIe siècle, l'aristocratie anglaise venait y passer la saison froide pour la douceur du climat ; c'est elle qui finança le premier chemin le long du rivage, devenu la Promenade des Anglais. Les Russes suivirent, avec leur cour et leur cathédrale. La saison allait alors de l'automne au printemps, on fuyait l'été. Nous regardons cette histoire depuis le 107 Promenade des Anglais, où la maison est installée depuis 1999.
Pourquoi les Anglais venaient-ils à Nice l'hiver ?
À la fin du XVIIIe siècle, les hivers du nord de l'Europe se soignaient au sud. Les médecins anglais prescrivaient à leurs patients fortunés la douceur de la Méditerranée, et Nice, alors ville du royaume de Piémont-Sardaigne, devint l'une de leurs adresses préférées. L'écrivain Tobias Smollett, qui y séjourna et en publia le récit, contribua à faire connaître la ville outre-Manche. On venait, littéralement, pour respirer : le climat était l'argument, avant la mer.
Une colonie anglaise s'installa, avec ses habitudes, son église, ses librairies. Le quartier de la Croix de Marbre, sur la rive droite du Paillon, fut surnommé le petit Londres. Ces visiteurs ne se baignaient pas, ou peu : la mer se regardait, elle ne se pratiquait pas encore. On marchait, on recevait, on passait l'hiver. C'est ce que le mot hivernant veut dire, et c'est lui qui a fait la ville.
D'où vient le nom de la Promenade des Anglais ?
Au début du XIXe siècle, la colonie anglaise finança l'aménagement d'un chemin le long du rivage, à l'ouest du Paillon. L'initiative en est traditionnellement attribuée au révérend Lewis Way, qui voulait donner du travail aux plus pauvres après un hiver difficile, tout en offrant aux hivernants un lieu de marche face à la mer. Les Niçois appelèrent ce chemin le camin dei Inglés, le chemin des Anglais. Le nom est resté.
Le chemin fut élargi, prolongé et planté au fil du XIXe siècle, jusqu'à devenir l'avenue que l'on connaît. Il faut mesurer ce que cela dit : la voie la plus connue de Nice ne fut dessinée ni pour la circulation ni pour le commerce, mais pour le pas lent de visiteurs d'hiver. Nous travaillons au 107 de cette avenue depuis 1999 ; on ne s'habitue pas tout à fait à l'idée que le trottoir sous nos fenêtres fut d'abord une œuvre de bienfaisance anglaise.
Qui étaient les hivernants russes ?
Après les Anglais vinrent les Russes. Au XIXe siècle, l'aristocratie et la cour impériale prirent l'habitude de passer l'hiver sur la Côte d'Azur, et Nice devint l'une de leurs villes d'élection. On parlait russe dans ses salons, on y bâtit des églises ; la cathédrale orthodoxe Saint-Nicolas, consacrée au début du XXe siècle, en reste le témoignage le plus visible, l'un des principaux édifices orthodoxes hors de Russie.
C'est aussi pour ces hivernants, anglais, russes et bientôt américains, que la Belle Époque construisit ses grands hôtels : le Negresco sur la Promenade, l'Excelsior Régina à Cimiez, élevé pour accueillir les séjours de la reine Victoria. Ces bâtiments n'étaient pas des hôtels d'été. Leurs salons, leurs jardins d'hiver, leurs orientations racontent une saison qui allait de l'automne au printemps.
Que reste-t-il de cette époque ?
Presque tout, si l'on sait regarder. Les façades Belle Époque de la Promenade et de Cimiez, la cathédrale Saint-Nicolas, l'église anglicane, les noms de rues et d'hôtels. Et un renversement : au XXe siècle, avec les congés payés et le goût nouveau du soleil, la saison s'est inversée. Nice, ville d'hiver, est devenue une destination d'été. Ceux qui fuyaient juillet ont cédé la place à ceux qui le cherchent.
De nos fenêtres du 107, l'hiver reste pourtant la saison la plus fidèle à l'origine de l'avenue. La lumière est basse et nette, la mer prend un gris d'étain, la Promenade retrouve les marcheurs pour lesquels elle fut construite. C'est peut-être le conseil que cette histoire donne à qui veut comprendre Nice : venez aussi en janvier.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce qu'un hivernant ?
- Un visiteur qui venait passer la saison froide dans le sud, généralement de l'automne au printemps. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les hivernants anglais puis russes ont façonné Nice, son urbanisme, ses hôtels, ses églises.
- Pourquoi la Promenade des Anglais s'appelle-t-elle ainsi ?
- Parce que la colonie anglaise de Nice finança, au début du XIXe siècle, l'aménagement du premier chemin le long du rivage. Les Niçois l'appelèrent le chemin des Anglais ; le nom est resté quand le chemin est devenu une avenue.
- Quand se déroulait la saison à Nice ?
- De l'automne au printemps. Jusqu'au début du XXe siècle, on venait à Nice pour son hiver doux et l'on repartait avant l'été, jugé trop chaud. Le tourisme estival est un phénomène plus tardif.
- Pourquoi y a-t-il une cathédrale russe à Nice ?
- L'aristocratie et la cour impériale russes hivernaient à Nice au XIXe siècle. La cathédrale orthodoxe Saint-Nicolas, consacrée au début du XXe siècle, fut édifiée pour cette communauté et demeure l'un des principaux édifices orthodoxes hors de Russie.
- Quand Nice est-elle devenue une destination d'été ?
- Au cours du XXe siècle, quand le goût du soleil et des bains de mer, puis les congés payés, ont inversé la saison. La ville d'hiver des aristocrates est devenue la ville d'été que l'on connaît.
Références
Les quartiers
L'auteur
Garen AjderhanyanÉditeur de La Gazette de la Promenade
Éditeur de La Gazette de la Promenade. Il écrit sur l'immobilier et l'art de vivre de la Riviera, depuis Nice.

