Histoires de la Promenade

Cimiez la romaine : que reste-t-il de Cemenelum ?

Par Garen Ajderhanyan · · 6 min de lecture

L'essentiel

Sur la colline de Cimiez, au-dessus de Nice, s'étendait Cemenelum, ville romaine et chef-lieu de la province des Alpes-Maritimes dans l'Antiquité. Il en reste les arènes, les thermes, un site archéologique et son musée. Autour, les strates se superposent : le monastère franciscain et son cimetière, où reposent Matisse et Dufy, les grands hôtels des hivernants, et le musée Matisse, installé dans la villa des Arènes.

Qu'était Cemenelum ?

On croit connaître Nice par sa mer. Sa plus ancienne histoire urbaine se lit pourtant sur une colline. Les Grecs avaient fondé Nikaia près du rivage ; les Romains, eux, ont préféré la hauteur. Sur le plateau de Cimiez s'étendait Cemenelum, une ville à part entière, avec ses rues, ses thermes et son amphithéâtre. Quand je monte le boulevard de Cimiez, je pense toujours à cette inversion : la ville antique tournait le dos à la mer.

Dans l'Antiquité romaine, Cemenelum fut le chef-lieu de la province des Alpes-Maritimes. Une capitale administrative, donc, posée sur la route qui reliait l'Italie à la Gaule. On y rendait la justice, on y percevait l'impôt, on y prenait les bains. Je me garde des dates précises, les spécialistes du musée d'archéologie le font mieux que moi, mais l'essentiel tient en une phrase : avant d'être une colline résidentielle, Cimiez fut un lieu de pouvoir.

Que reste-t-il de la Cimiez romaine ?

Les arènes, d'abord. Un amphithéâtre de dimensions modestes, qui n'a rien des grands vaisseaux d'Arles ou de Nîmes, et c'est précisément ce qui me touche : on y lit une ville de province, pas une vitrine impériale. L'ellipse de pierre est toujours là, posée dans un jardin planté d'oliviers où les familles niçoises viennent le dimanche. Peu de villes offrent cela : un monument antique devenu pelouse de quartier.

Plus bas, le site archéologique conserve les thermes, des ensembles de bains dont certains murs montent encore haut, et un tracé de rues romaines. Le musée d'archéologie de Nice, attenant, rassemble ce que les fouilles ont livré : céramiques, verrerie, monnaies, inscriptions. C'est la meilleure porte d'entrée pour comprendre le site, et l'une des visites que je recommande le plus volontiers à nos lecteurs étrangers.

Comment Cimiez est-elle devenue la colline des hivernants ?

Il faut ensuite sauter les siècles. À la Belle Époque, Cimiez devient la colline des hivernants : l'aristocratie européenne y passe la mauvaise saison, et les grands hôtels s'élèvent au-dessus des oliviers. La reine Victoria elle-même séjourna à Cimiez, au Regina, dont la silhouette blanche domine toujours le boulevard.

Ces palaces ont depuis été convertis en appartements, et c'est l'un des caractères du quartier : on y habite d'anciens hôtels, derrière des façades pensées pour recevoir des souverains. La Cimiez résidentielle d'aujourd'hui descend en droite ligne de cette Cimiez-là.

Pourquoi Matisse à Cimiez ?

Henri Matisse s'installe à Nice, puis à Cimiez, où il occupe notamment un appartement de l'ancien Regina. Il y trouve ce que tant de peintres sont venus chercher ici : la lumière, une lumière d'hiver douce et franche à la fois, qui tient les couleurs.

Le musée Matisse occupe la villa des Arènes, une villa d'inspiration génoise à la façade rouge, posée entre le site archéologique et le jardin des oliviers. J'aime ce voisinage : l'amphithéâtre romain, les oliviers, Matisse. Trois strates de Méditerranée dans un même regard.

Que voir aujourd'hui, en une promenade ?

Je conseille de monter par le boulevard de Cimiez et de prendre la colline comme une lecture : les arènes et leur jardin d'oliviers, le site des thermes et son musée d'archéologie, la villa des Arènes, puis le monastère franciscain, son jardin suspendu au-dessus de la ville et son cimetière, où reposent Henri Matisse et Raoul Dufy.

De là-haut, Nice se donne en coupe : la ville romaine sous vos pieds, la ville des hivernants autour de vous, la ville moderne en contrebas, et la mer au fond, soulignée par la Promenade. C'est peut-être la leçon de Cimiez : à Nice, on n'habite jamais une seule époque à la fois.

Questions fréquentes

Qu'était Cemenelum ?
Une ville romaine établie sur la colline de Cimiez, à Nice, chef-lieu de la province des Alpes-Maritimes dans l'Antiquité. Ses vestiges, arènes, thermes, tracés de rues, sont encore visibles au sein du site archéologique de Cimiez.
Peut-on visiter les arènes et les thermes de Cimiez ?
Oui. Les arènes se dressent dans un jardin public planté d'oliviers, et les thermes se découvrent au sein du site archéologique, dont le musée d'archéologie de Nice constitue l'entrée naturelle.
Où se trouve le musée Matisse ?
Sur la colline de Cimiez, dans la villa des Arènes, une villa d'inspiration génoise voisine du site archéologique et du jardin des oliviers.
Où reposent Matisse et Dufy ?
Au cimetière du monastère franciscain de Cimiez, qui domine Nice à quelques pas du musée Matisse.
Quelle différence entre la Nice grecque et la Nice romaine ?
La cité grecque, Nikaia, se tenait près du rivage ; la ville romaine, Cemenelum, s'est développée sur la colline de Cimiez. Les deux ont fini par se fondre dans la Nice que nous connaissons.

Références

Les quartiers

L'auteur

Garen Ajderhanyan

Éditeur de La Gazette de la Promenade

Éditeur de La Gazette de la Promenade. Il écrit sur l'immobilier et l'art de vivre de la Riviera, depuis Nice.

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