Par Garen Ajderhanyan · · 8 min de lecture
L'essentiel
Les charges récupérables sont celles que le bailleur avance et que le locataire lui rembourse. Leur liste est fixée par le décret du 26 août 1987 et elle est limitative : ce qui n'y figure pas reste au bailleur, quelle que soit la ligne du décompte du syndic où la dépense apparaît. Dans un logement vide, elles se paient par provisions, avec une régularisation au moins annuelle. Un mois avant, le bailleur communique le décompte par nature de charges et le mode de répartition, puis tient les justificatifs à disposition pendant six mois. Une régularisation oubliée se rattrape pendant trois ans, mais passé la fin de l'année civile qui suit l'exigibilité, le locataire peut exiger un étalement sur douze mois. En meublé, le bail peut prévoir un forfait, qui ne se régularise jamais. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères se récupère, ses frais de gestion non.
Une liste fermée, et ce qu'elle laisse au bailleur
L'article 23 de la loi du 6 juillet 1989 pose le principe en une phrase : le bailleur ne peut demander au locataire que le remboursement des charges récupérables énumérées par décret. Ce décret, celui du 26 août 1987, dresse la liste en annexe. Elle ne s'interprète pas par analogie.
La liste regroupe les dépenses d'usage : l'électricité et l'entretien courant de l'ascenseur, l'eau froide et chaude, l'énergie du chauffage collectif, l'électricité et le nettoyage des parties communes, l'entretien des voies et des espaces verts, et quelques taxes et redevances. Ce qui relève de la conservation de l'immeuble en est absent.
Pour un bailleur en copropriété, la conséquence se lit sur chaque appel du syndic. Honoraires du syndic, gros travaux, ravalement, cotisation au fonds de travaux, assurance de l'immeuble : aucun de ces postes ne figure sur la liste, aucun ne se refacture. La lecture de ces appels côté copropriétaire fait l'objet de notre article sur les charges de copropriété à Nice.
En cas de contestation, c'est au bailleur de justifier la dépense, facture à l'appui. Une charge récupérable par nature, mais dont il ne peut produire la pièce, ne se réclame pas.
Les lignes qui trompent
Le gardien d'abord. Quand il assure à la fois l'entretien des parties communes et l'élimination des déchets, sa rémunération se récupère à hauteur de 75 %. Quand il n'assure que l'une des deux tâches, à hauteur de 40 %. Un employé d'immeuble, qui n'est pas gardien, se récupère en totalité.
Pour l'ascenseur, l'électricité et l'exploitation courante se récupèrent, comme les menues réparations. Le contrôle technique quinquennal ne se récupère pas, pas plus qu'un remplacement d'équipement, sauf s'il coûte au plus le prix de la menue réparation qu'il remplace.
Les contrats d'entretien demandent une lecture ligne à ligne. Un contrat qui mêle l'entretien courant, récupérable, et le remplacement de pièces, qui ne l'est pas, oblige à ventiler. Le locataire à qui l'on présente la facture entière peut la contester sans difficulté.
L'électricité privative, enfin, ne transite pas par les charges : le locataire souscrit son propre abonnement. Dans un immeuble équipé de compteurs de chauffage ou d'eau chaude télérelevables, le bailleur doit aussi transmettre chaque mois au locataire ses informations de consommation.
Provisions, décompte, régularisation
Dans un logement vide, les charges se paient par provisions, avances régulières d'un même montant versées avec le loyer. Leur niveau se fixe sur le budget prévisionnel et sur le résultat de la dernière régularisation. Une provision délibérément basse, pour afficher un loyer charges comprises plus attractif, se retourne contre le bailleur au moment du rappel.
Une fois par an au moins, le bailleur compare le total des provisions aux dépenses réelles. Il rembourse le trop-perçu ou réclame le complément. Un mois avant cette régularisation, il communique le décompte par nature de charges et le mode de répartition entre les logements, accompagnés s'il y a lieu d'une note sur le calcul du chauffage et de l'eau chaude collectifs.
Les pièces justificatives, factures et contrats de fourniture, restent ensuite à la disposition du locataire pendant six mois. En copropriété, c'est souvent le syndic qui les détient, et le bailleur doit pouvoir les obtenir à temps. Quand le contrat d'eau n'est pas individualisé, la facture d'eau et les informations sur sa qualité se transmettent aussi, une fois par an.
Le décompte du syndic suit l'approbation des comptes en assemblée générale, et la régularisation locative suit ce calendrier. Le rappel arrive donc souvent tard, et il pèse d'autant moins que la provision était juste dès le départ.
Régulariser en retard, possible mais pas sans risque
Une régularisation oubliée n'est pas perdue. Le bailleur peut réclamer un arriéré de charges pendant trois ans : une dette née en mars 2026 se réclame jusqu'en mars 2029. Le délai joue dans les deux sens, et le locataire qui a trop payé dispose des mêmes trois ans.
Le juge des contentieux de la protection peut toutefois refuser un rappel tardif s'il le juge déloyal et brutal, consécutif à une faute du bailleur, par exemple quand le locataire avait demandé la régularisation sans obtenir de réponse.
Lorsque la régularisation n'a pas été faite avant la fin de l'année civile qui suit l'exigibilité des charges, le locataire peut exiger que le rappel soit étalé sur douze mois. Plusieurs années de charges réclamées d'un coup se paient alors par mensualités.
À la sortie du locataire, dans un immeuble collectif, le bailleur peut conserver une provision limitée à 20 % du dépôt de garantie, en attendant l'arrêté annuel des comptes de l'immeuble. Notre article sur l'état des lieux en décrit le mécanisme.
Le meublé et le forfait
En meublé, le bail choisit entre deux régimes : les provisions avec régularisation, exactement comme dans le vide, ou le forfait. En colocation, le forfait est également possible. Dans un bail mobilité, il est obligatoire.
Le forfait est un montant fixe, inscrit au bail et versé avec le loyer. Il ne donne lieu à aucune régularisation, ni complément ni remboursement. Il peut être révisé chaque année aux mêmes conditions que le loyer, et ne doit pas être disproportionné au regard des charges appliquées au locataire précédent.
Un forfait trop bas ne se rattrape jamais, même après un hiver de chauffage collectif coûteux ; trop haut, il expose à la contestation. La seule méthode sérieuse consiste à le fonder sur les dépenses réelles des derniers exercices, pièces à l'appui.
La taxe d'ordures ménagères, et ses frais de gestion
La taxe d'enlèvement des ordures ménagères figure sur l'avis de taxe foncière du propriétaire. Elle fait partie des charges récupérables, comme la taxe de balayage et la redevance d'assainissement, et le bailleur peut la réclamer de plein droit à son locataire.
Elle ne se récupère pourtant pas en totalité, car l'administration fiscale ajoute à la taxe des frais de gestion, qui ne figurent pas sur la liste du décret. Le site impots.gouv.fr le dit sans détour : la taxe se récupère, à l'exclusion des frais de gestion. Refacturer la ligne telle qu'elle apparaît sur l'avis, c'est réclamer plus que le dû.
La taxe foncière elle-même reste au propriétaire. Elle n'est pas une charge récupérable, et aucune clause du bail ne peut la transférer au locataire.
Une régularisation bien faite tient en un tableau qui met en regard chaque dépense et sa part récupérable. C'est le travail qu'un mandat de gestion refait chaque année, décompte du syndic en main. Promenades Services administre des biens à Nice et sur le littoral proche, depuis le 107 Promenade des Anglais.
Questions fréquentes
- La liste des charges récupérables est-elle limitative ?
- Oui. Le bailleur ne peut réclamer que les charges énumérées par le décret du 26 août 1987, en application de l'article 23 de la loi du 6 juillet 1989. Une dépense absente de la liste, comme les honoraires du syndic ou les gros travaux, reste à sa charge.
- Le salaire du gardien est-il récupérable ?
- En partie : à hauteur de 75 % quand le gardien assure à la fois l'entretien des parties communes et l'élimination des déchets, de 40 % quand il n'assure que l'une des deux tâches. La rémunération d'un employé d'immeuble se récupère en totalité.
- Combien de temps le bailleur a-t-il pour régulariser les charges ?
- Trois ans pour réclamer un arriéré. Mais si la régularisation n'a pas été faite avant la fin de l'année civile qui suit l'exigibilité, le locataire peut exiger un paiement étalé sur douze mois, et le juge peut écarter un rappel tardif jugé déloyal.
- Le locataire peut-il consulter les factures ?
- Oui. Le décompte par nature de charges lui est communiqué un mois avant la régularisation, et les justificatifs restent à sa disposition pendant six mois après l'envoi du décompte.
- Peut-on régulariser un forfait de charges en meublé ?
- Non. Le forfait est fixe : il ne donne lieu ni à régularisation ni à complément. Il peut seulement être révisé chaque année aux mêmes conditions que le loyer.
- La taxe d'ordures ménagères se récupère-t-elle sur le locataire ?
- Oui, de plein droit, mais sans les frais de gestion que l'administration fiscale y ajoute. La taxe foncière, elle, reste à la charge du propriétaire.
Références
- Légifrance, décret n° 87-713 du 26 août 1987 fixant la liste des charges récupérables
- Légifrance, article 2 du décret n° 87-713 (rémunération du gardien, 75 % ou 40 %, menues réparations)
- Service-public, charges à payer par le locataire (liste, provisions, régularisation, étalement sur 12 mois)
- ANIL, charges d'une location vide (provisions, forfait en meublé, justificatifs pendant six mois)
- ANIL, charges récupérables et rémunération du gardien (jurisprudence)
- impots.gouv.fr, récupération de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères sur le locataire, hors frais de gestion
L'auteur
Garen AjderhanyanÉditeur de La Gazette de la Promenade
Éditeur de La Gazette de la Promenade. Il écrit sur l'immobilier et l'art de vivre de la Riviera, depuis Nice.

