Par Garen Ajderhanyan · 9 août 2026 · 9 min de lecture
L'essentiel
Un Américain peut acheter en France sans autorisation, sans visa et sans résidence : la propriété est ouverte. Ce qui change, ce sont les mécanismes. Pas de title insurance ni d'escrow, le notaire tient les deux rôles. Pas d'agent acheteur, l'agence est mandatée par le vendeur. Et trois obligations tiennent à votre seul passeport : l'IRS vous suit partout, le formulaire FinCEN 114 se déclenche dès 10 000 dollars cumulés sur vos comptes français, et FATCA rend certaines banques françaises réticentes à vous ouvrir un compte. Rien d'insurmontable, à condition de le savoir avant et non après.
Oui, vous pouvez acheter. Non, cela ne vous donne aucun droit de séjour.
La France n'impose aucune restriction de nationalité à l'achat immobilier. Un ressortissant américain achète un appartement à Nice exactement comme un Français : mêmes droits, mêmes obligations, aucune autorisation préalable, aucun montant minimum, aucun accord administratif à demander.
La confusion vient d'ailleurs, et elle est tenace : acheter ne donne pas de droit de séjour. Il n'existe pas de golden visa français adossé à l'immobilier. Propriétaire ou non, vous restez soumis à la règle Schengen des quatre-vingt-dix jours par période de cent quatre-vingts, décomptés sur l'ensemble de l'espace, pas sur la seule France.
Rester au-delà suppose un visa long séjour, le plus souvent le VLS-TS visiteur, qui demande de justifier de ressources et d'une assurance santé, et qui n'autorise aucune activité professionnelle en France. Posséder un logement facilite le dossier, en fournissant l'attestation de domicile. Cela ne le remplace pas.
Un point de calendrier : ETIAS, l'autorisation de voyage électronique européenne, est attendu au dernier trimestre 2026. Elle ne remplacera pas un visa, seulement un enregistrement préalable en ligne pour les séjours courts.
Le notaire fait le travail de trois métiers américains
C'est ici que la comparaison est la plus dépaysante. Aux États-Unis, une transaction fait intervenir un agent qui vous représente, une société de titre qui vérifie la chaîne de propriété, une assurance de titre qui vous couvre, et un compte séquestre qui garde les fonds. En France, un seul officier public tient tout cela.
Le notaire vérifie l'origine de propriété, purge les droits de préemption, lève les hypothèques, conserve les fonds sur un compte séparé, perçoit les taxes et publie l'acte. Il est nommé par l'État et engage sa responsabilité personnelle. C'est pourquoi la title insurance n'existe pas ici : elle n'aurait rien à assurer.
Deuxième dépaysement : personne ne vous représente. L'agence immobilière est mandatée par le vendeur, y compris quand elle vous fait visiter. Rien ne vous empêche d'être bien conseillé, mais il faut savoir de quel côté se tient votre interlocuteur, et le lui demander.
Les frais dits « de notaire » tournent autour de sept à huit pour cent dans l'ancien. Le terme induit en erreur : l'essentiel part en droits de mutation à l'État et aux collectivités, la rémunération du notaire n'en représente qu'une fraction.
L'IRS ne vous lâche pas parce que vous avez traversé l'Atlantique
Les États-Unis sont l'un des deux seuls pays au monde à imposer leurs ressortissants sur leurs revenus mondiaux, où qu'ils résident. Acheter à Nice ne vous sort pas du système fiscal américain, et c'est ce qui distingue votre situation de celle d'un acheteur britannique ou italien.
Trois obligations en découlent. Vous continuez de déclarer à l'IRS. Si vos comptes financiers français dépassent, cumulés, dix mille dollars à un moment quelconque de l'année, le formulaire FinCEN 114, dit FBAR, devient obligatoire : le seuil porte sur l'ensemble des comptes, pas sur chacun, et sur le plus haut solde atteint, pas sur celui du 31 décembre. Le formulaire 8938 peut s'y ajouter selon vos montants, et remplir l'un ne dispense pas de l'autre.
Ces déclarations ne créent pas d'impôt en soi. La convention fiscale entre la France et les États-Unis existe précisément pour éviter la double imposition. Mais l'oubli se paie : les sanctions FBAR se comptent en milliers de dollars par manquement, y compris non intentionnel.
Une chose à savoir, sans naïveté : depuis l'accord FATCA du 14 novembre 2013, votre banque française transmet automatiquement vos données au fisc américain. La discrétion n'est pas une option, la conformité en est une.
Le compte bancaire, l'obstacle que personne n'anticipe
C'est le point qui surprend le plus, et il est concret. FATCA impose aux banques françaises des obligations de déclaration lourdes sur leurs clients américains. Plusieurs établissements ont conclu que le jeu n'en valait pas la chandelle et refusent purement et simplement d'ouvrir un compte à une US person.
Or il vous en faut un : pour l'appel de fonds du notaire, pour les charges de copropriété, pour la taxe foncière, pour les prélèvements courants. Le sujet ne se règle pas la veille de la signature.
Le conseil pratique tient en une ligne : ouvrez le compte avant de faire une offre, pas après. Certaines banques et certains courtiers travaillent couramment avec des clients américains, d'autres jamais. La différence ne se lit pas sur les vitrines.
Le crédit suit la même logique. Emprunter en France quand on n'y réside pas est possible, à des conditions plus strictes : apport supérieur, taux moins avantageux, dossier plus lourd. Beaucoup d'acquéreurs américains paient comptant, souvent parce que le change leur est favorable, parfois simplement pour aller vite.
Ce qui coûte moins cher qu'aux États-Unis
Une bonne surprise, rarement anticipée : la fiscalité annuelle de détention. La taxe foncière française n'a pas d'équivalent avec la property tax américaine, qui atteint couramment un à deux pour cent de la valeur du bien chaque année dans plusieurs États. L'écart, sur une décennie, dépasse largement les frais d'acquisition.
En contrepartie, les charges de copropriété sont réelles et il faut les regarder de près : dans un immeuble Belle Époque de la Promenade, elles financent un ascenseur ancien, une façade classée et souvent un gardien. Le procès-verbal de la dernière assemblée générale dit ce qui est voté et ce qui vient.
Sur la valeur, deux chiffres pour situer, tirés de l'étude Maison Masséna : la médiane niçoise s'établit à 5 610 € le mètre carré au premier semestre 2026, celle de la Promenade des Anglais à 7 920 €. Une vue mer ajoute de l'ordre de quatorze pour cent à caractéristiques comparables.
Le déroulé, et là où il faut être présent
L'offre acceptée, on signe un compromis de vente. Il vous engage, avec deux protections : un délai de rétractation de dix jours pendant lequel vous pouvez renoncer sans motif ni pénalité, et des conditions suspensives, dont l'obtention du prêt si vous empruntez.
Entre le compromis et l'acte définitif, comptez deux à trois mois. Ce temps sert au notaire à purger les droits de préemption et à réunir les pièces. Il paraît long vu des États-Unis, où trente à quarante-cinq jours suffisent souvent.
Vous n'avez pas besoin d'être en France pour signer. Une procuration devant un notaire ou un consulat suffit, et c'est la pratique courante pour les acquéreurs étrangers. Notre conseil reste de venir voir le bien au moins une fois : les photos ne disent ni le bruit d'un boulevard, ni la lumière d'un troisième étage à seize heures.
Questions fréquentes
- Un Américain peut-il acheter un bien immobilier en France ?
- Oui, sans restriction de nationalité, sans autorisation préalable et sans montant minimum. Un acquéreur américain achète dans les mêmes conditions qu'un résident français.
- Acheter en France donne-t-il un droit de séjour ou un visa ?
- Non. Il n'existe pas de golden visa français adossé à l'immobilier. Propriétaire ou non, vous restez soumis à la règle des quatre-vingt-dix jours par période de cent quatre-vingts dans l'espace Schengen. Au-delà, il faut un visa long séjour, le plus souvent le VLS-TS visiteur, qui n'autorise aucune activité professionnelle.
- Dois-je déclarer mon bien français à l'IRS ?
- Vous continuez de déclarer vos revenus mondiaux aux États-Unis. Un bien détenu directement ne se déclare pas en tant que tel, mais les comptes bancaires français, eux, oui : dès dix mille dollars cumulés à un moment quelconque de l'année, le formulaire FinCEN 114 devient obligatoire. La convention fiscale franco-américaine évite la double imposition, elle ne dispense pas de déclarer.
- Pourquoi les banques françaises refusent-elles parfois les clients américains ?
- À cause de FATCA, qui impose aux établissements français des obligations de déclaration lourdes sur leurs clients américains. Certains préfèrent renoncer. Il est donc prudent d'ouvrir un compte avant de faire une offre, et de s'adresser à des interlocuteurs habitués à cette clientèle.
- Y a-t-il une title insurance et un escrow en France ?
- Ni l'une ni l'autre, et elles n'ont pas d'objet : le notaire vérifie l'origine de propriété, conserve les fonds sur un compte séparé, publie l'acte et engage sa responsabilité personnelle. Il est nommé par l'État.
- Faut-il être en France pour signer ?
- Non. Une procuration donnée devant un notaire ou un consulat permet de signer à distance, et c'est la pratique courante pour les acquéreurs étrangers. Venir voir le bien au moins une fois reste vivement conseillé.
- Combien coûte la détention d'un bien en France par rapport aux États-Unis ?
- Nettement moins en fiscalité annuelle : la taxe foncière française est sans commune mesure avec la property tax américaine, qui atteint couramment un à deux pour cent de la valeur du bien chaque année dans plusieurs États. Les charges de copropriété, en revanche, sont réelles et méritent d'être examinées avant l'achat.
Références
Les quartiers
L'auteur
Garen AjderhanyanÉditeur de La Gazette de la Promenade
Éditeur de La Gazette de la Promenade. Il écrit sur l'immobilier et l'art de vivre de la Riviera, depuis Nice.

